Lola Monset est une autrice toulousaine. Elle écrit de la fiction, de la poésie, du conte ou du théâtre en y mêlant les outils du journalisme que sont l’enquête et l’investigation.
« Il se dit dans le milieu qu’il faut se situer, dire d’où l’on écrit. À hauteur de cerf, de hibou, ou de fourmi, on comprend que le cosmos ne se regarde pas de la même hauteur. Alors voilà.
J’écris depuis les plaines du Lot-et-Garonne, les champs ratissés et glyphosatés, les cafés enfumés, les dimanches à la chasse, les vaches qu’on hume partout, les cornières fraiches, les après-midis lents, les courses à Auchan.
J’écris depuis mon T2 toulousains, aux couleurs pastel et meubles chinés, le frigo plein de légumes non pesticidés, le marché Saint-Aubin, les concerts des copains, la danse, le vélo et les aigrettes de la Garonne.
J’écris depuis Lens, en résidence de territoire, les pieds sur un sol vicié de plomb et d’arsenic, où la viande est un légume et la patate un agrément, les fosses et les mines, le ciel gris et lourd, l’absence d’horizon.
J’écris depuis ma licence de droit, le master en sciences politiques, les commentaires de textes et ces carrières propres et tracées abandonnées.
J’écris depuis mon bureau de journaliste régionale, les portraits du nouveau boucher, l’asphyxie des agriculteurs et les colonnes vides qu’on remplit de repas convivial des aînés et de vide-greniers.
J’écris depuis les trains, les cartes avantage, les fauteuils dans le carré qu’on ne choisit jamais, Eric le barista et ses sandwiches au poulet, les vies trimballées dans des sacs toujours trop lourds ou trop légers, jamais bien calibrés.
J’écris depuis des nuits étoilées, celles qu’on vole à l’été, les sommeils posés sur la terre, la tête dans le vide du ciel.
J’écris depuis les cortèges et les manifs, les chants féministes et les luttes qu’on effleure.
J’écris depuis les masters de création littéraire, les stages d’écritures, le manque de légitimité, et le vide qu’on tente de combler.
J’écris depuis mes trente-huit ans, mes nouvelles rides sur cette peau claire qui tache, mes cheveux pas encore blanc, nullipare, nulle en projet, forte en pare-feu, jamais vraiment attachée.
J’écris depuis mon cœur d’artichaut, celui qui tremble, pleure et rit pour un courant d’air, en proie à la houle bien assis dans le bateau pirate.
J’écris depuis les cimetières et les disparus, le manque et les signes qu’on espère, les fantômes qui pénètrent et rythment l’être.
J’écris depuis mon obsession des mots, des récits et des histoires, les miens et ceux des autres.«
